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Last exit to United Kingdom ?



On ne sait plus comment qualifier le processus du Brexit : kafkaïen, inextricable, incompréhensible, suicidaire, interminable ?

Hier soir, le Conseil européen a accepté la demande de report de la date de sortie qu'avait présentée Theresa May dans une lettre du 20 mars. Mais il a refusé de lui accorder le délai demandé qui expirait au 30 juin 2019 dans la demande de Theresa May. Cette date aurait créé des difficultés d'organisation des élections européennes, et aurait pu impacter leur légalité (si le Royaume-Uni n'est toujours pas sorti de l'Union européenne au moment des élections, mais que ses citoyens ne peuvent pas voter, car le Gouvernement britannique refuse l'idée d'organiser des élections, toutes les décisions du prochain Parlement européen pourraient voir leur validité contestée). Pour ne pas prendre de risques, et mécontents de constater que les britanniques sont toujours incapables de se mettre d'accord sur une solution qu'elle soit avec ou sans accord de retrait, les 27 ont proposé une prorogation jusqu'au 22 mai 2019. Mais à la condition que les députés britanniques approuvent la semaine prochaine l'accord de retrait qui leur a été présenté et qu'ils ont déjà refusé deux fois. En cas de nouveau refus, la date de sortie sera le 12 avril.

Mais un autre scenario est possible si Theresa May présente, avant le 12 avril, une stratégie nouvelle, ce que le communiqué du Conseil appelle « une voie à suivre ». Dans cette dernière hypothèse, la prorogation du délai pourrait être plus beaucoup plus longue, au dela des élections européennes. Mais, première difficulté, cela impliquerait alors que le Royaume-Uni participe à ces élections. Deuxième difficulté :quelle serait la « voie à suivre »  évoquée par le communiqué?  Il peut s'agir de l'organisation de nouvelles élections au Royaume-Uni, pour tenter de mettre fin à la situation actuelle de blocage au parlement britannique. Ce pourrait être aussi une nouvelle proposition des britanniques, mais on ne voit pas bien laquelle puisque, et le communiqué est très clair sur ce point, il ne peut y avoir d'ouverture de nouvelles négociations sur l'accord de retrait qui, pour l'Union européenne, constitue sa dernière offre. Quant à un nouveau referendum pour revenir sur la décision de retrait, l'hypothèse est toujours évoquée, mais elle reste improbable et cela malgré le succès foudroyant que connaît actuellement une pétition qui demande au Gouvernement britannique et aux députés de renoncer au Brexit.

Un vote favorable des députés britanniques la semaine prochaine a peu de chances de se produire, sauf à parier sur le refus des députés d'assumer la responsabilité d'une sortie sans accord et de la crise durable qui s'ensuivrait si l'on en croit les prévisions. Mais cela ne les a pas empêchés de voter contre l'accord de retrait à deux reprises. Il n'est donc pas certain qu'un nouveau vote ne donne pas le même résultat. D'autant plus que le dernier discours de madame May dans lequel elle impute la responsabilité de l'impasse aux députés, et prend le peuple à témoin, ne lui pas créé des amis au sein de la Chambre des communes déjà peu complaisante avec elle.
Enfin, pourquoi le très déterminé Speaker de la Chambre des communes ne refuserait-il pas tout simplement comme il l'a fait récemment, d'inscrire un nouvel examen de l'accord de retrait à l'ordre du jour de la Chambre? Dans ce cas, il n'y aurait même pas de vote.

Le jeu des pronostics continue.