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LE BREXIT (4)

 


Les conséquences possibles d’un brexit



Le Traité de Lisbonne a introduit la possibilité pour un Etat membre de quitter l’Union européenne. Cette possibilité est prévue à l‘article 50 du traité sur l’Union européenne qui dispose: « tout État membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l’Union ». Si, par conséquent, le oui au brexit l’emportait, le Royaume-Uni devrait notifier son intention de se retirer au Conseil européen, et négocier un accord pour fixer les modalités de ce retrait. Cet accord devrait être conclu par le Conseil statuant à la majorité qualifiée, après l’approbation du Parlement européen. Un délai de deux ans est imparti pour conclure cet accord. Si le délai expire sans que l’accord ait été conclu, les traités cesseront de toute façon de s’appliquer au Royaume-Uni à moins que le Conseil ne décide à l’unanimité et en accord avec le Royaume-Uni de proroger le délai.

Les conséquences d’un brexit, pour le Royaume-Uni comme pour l’Union européenne et les autres états membres, donnent lieu à différents scenari. La seule certitude qui semble acquise…est qu’il n’y a pas de certitude.


1 – Les conséquences pour le Royaume-Uni

Le premier danger concerne les échanges commerciaux. Sortir de l’UE impliquerait de conclure de nouveaux accords avec l’Union et avec une cinquantaire de pays tiers, rappelle la page du Gouvernement anglais. Selon ce dernier, contrairement aux prévisions optimistes des pro brexit, il n’est pas du tout acquis que le Royaume-Uni arrive à renégocier à des conditions avantageuses (pour éviter des obstacles à l’entrée de ses produits et services sur le marché intérieur européen) (42). On peut penser que sur ce point il a parfaitement raison. Or, il suffit de rappeler pour comprendre qui aurait le plus à perdre, qu’en 2014, 51,4% des exportations de biens du Royaume-Uni étaient réalisés vers le marché communautaire alors que l’Union n’exportait que 6,6% de sa production vers le Royaume-Uni (43).  Il est évident, dès lors, que l’Union pourrait être moins pressée que le Royaume-Uni de renégocier les modalités des échanges commerciaux car, tout simplement, elle y a moins intérêt. Les discussions pourraient s’éterniser au préjudice des exportateurs britanniques, pour un résultat qui ne serait pas forcément aussi avantageux que celui qui résulte d’être membre de l’Union européenne. Par ailleurs, le rétablissement des barrières aux échanges renchérirait les prix que paie le consommateur britannique. Le Roayaume-Uni ne pourra pas compter sur l’indulgence de l’Union qui ne lui facilitera certainement pas l’avenir sans elle. D’abord parce qu’un vote contre le maintien dans l‘Union sera vu comme un acte d’hostilité par les autres pays membres et leurs citoyens, ensuite parce que l’Union, déja malmenée et contestée, ne pourra envoyer le message qu’un pays pourrait ainsi lui tourner le dos sans mesures de représailles. Le climat d’incertitude qui suivra une éventuelle décision de brexit ne sera pas propice à l’investissement au Royaume-Uni.

C’est pourquoi les probrexit ne sont pas réalistes lorsqu’ils veulent minorer l’impact d’une sortie de l’Union européenne sur les échanges commerciaux et donc la santé économique du Royaume-Uni et lorsqu’ils affirment que l’Union aura tout aussi intérêt que le Royaume-Uni à conclure rapidement de nouveaux accords avec ce dernier une fois qu’il sera sorti du marché intérieur.

Les économistes, comme les deux camps, pro et anti brexit s’efforcent de mesurer l’impact d’une sortie de l’Union pour crédibiliser leurs arguments. Mais le moins que l’on puisse dire est que les chiffres divergent. Pour le Gouvernement anglais, une sortie de l’Union causerait un préjudice important et permanent à l’économie britannique qui pourrait être en chute de 6% en 2030 ce qui représenterait une perte de revenu annuel de 4 300 livres sterling pour chaque foyer (44). Le think thank très libéral „Open Europe“ est moins alarmiste en estimant que la perte de croissance pourrait être de 2,2% en 2030 si le Royaume-Uni, une fois sorti de l’Union, échouait à trouver un accord avec elle ou optait pour des mesures protectionnistes. Cependant la croissance pourrait augmenter au contraire de 1, 6% si le Royaume-Uni parvenait à obtenir des accords de libre échange satisfaisants (pour lui) avec l’Union et le reste du monde et s’il mettait en oeuvre au plan interne une politique résolue de dérégulation tous azimuts. Evidemment, remarquent les auteurs du rapport, cette option ultra libérale sans laquelle le brexit ne pourra être un succès, pourrait „se heurter, dans la pratique, à une certaine et sérieuse résistance politique à l’intérieur du pays lui-même“ (45). Effectivement. Pour l’OCDE, enfin, „Le choc que subirait le niveau de vie équivaudrait dans les faits à un « impôt Brexit » permanent prélevé sur les ménages“ (46).

Face à cette avalanche de chiffres alarmistes, les arguments des probrexit semblent un peu limités lorsqu’ils affirment que l’économie que le Royaume-Uni réalisera en ne contribuant plus au budget de l’UE compensera d’autant les pertes économiques. Mais selon le rapport du Center for European Reform cette économie permettrait de réaliser un gain de 0,5% de PIB (47). Et les anti brexit remarquent que ce gain sera anéanti par les taxes qui s’apliqueront aux produits britanniques pour qu’ils puissent accéder au marché intérieur.

Les pro brexit sont plus convainquants en revanche lorsqu’ils dénoncent une campagne anti brexit fondée sur la peur. C’est bien le problème: faute de pouvoir emporter l’adhésion des britanniques à l’aventure de l’intégration européenne, les partisans du maintien ne peuvent qu’agiter l’épouvantail d’un avenir difficile si le Royaume-Uni se retrouve isolé.

L’émotion, les mots qui parlent au coeur (ou aux tripes diront certains) ce sont les pro brexit qui les manient. Leur discours peut être jugé irrationnel, faux, peu importe en définitive puisqu’ils semblent dire à une partie de la population ce qu’elle a envie d’entendre. Il n’est pas certain que faire peur aux britanniques suffise à les persuader de rester dans l’Union, parce que certainement ils ne croient pas au scenario catastrophe, et parce qu’ils détestent un projet européen jugé fédéraliste et incompatible avec l’objectif utopique mais exaltant de ressusciter un passé glorieux.

Il est évident que le brexit menace la croissance économique, qu’il menace même peut-être l’unité du Royaume-Uni puisque l’Irlande du Nord et l’Écosse et le Pays de Galles restent très majoritairement en faveur du maintien dans l’Union européenne et que l’Écosse pourrait demander la tenue d’un nouveau référendum sur son indépendance en cas de Brexit. Mais est-ce vraiment la préoccupation des électeurs qui s’apprêtent à voter oui à la sortie de l’Union?


2 - Les conséquences pour l’Union européenne

Certains jugent que les conséquences d’un brexit seraient aussi ou plus dévastatrices pour l’Union européenne que pour le Royaume-Uni, non pas tant d’un point de vue économique, que d’un point de vue politique. Car, ce serait, nous explique-t-on, un coup mortel porté à la dynamique d’intégration. Une boite de Pandore serait ouverte et le retrait britannique pourrait être le premier et non le dernier d’une série de départs.

On peut, à l’inverse, remarquer que le départ du pays qui a constamment combattu contre l’évolution politique de l’Europe pourrait au contraire donner une chance à celle-ci si ses plus résolus partisans se donnent la peine de la défendre. On peut aussi rappeler que l’hitoire de l’Europe communautaire est tout sauf linéaire et que des évolutions de l’intégration ont été suivies ou accompagnées de reculs de cette intégration comme les opt out consentis à certains états ou l’abandon de l‘ambition supranationale. Cela a été le prix à payer pour tenir compte du fait que l’Europe communautaire est loin d’être un état fédéral et que de la devise de l’Union: „unie dans la diversité“ ce qui ressort aujourd‘hui…c’est la diversité. Il n’en a pas toujours été ainsi. Il en sera peut-être différemment demain. La crise ouverte par le Royaume-Uni a ceci comme conséquence pour l’Union qu’elle la contraint à s’interroger sur non plus son objectif, non plus sur son rôle, mais et c’est nouveau, sur sa survie et à trouver des solutions pour continuer l‘aventure. Peut-être cela passera-t-il par une Europe à plusieurs vitesses comme elle se dessine depuis plusieurs années, peut-être par une Europe resserrée après le départ des membres les plus eurosceptiques. A moins que le brexit ne soit qu’une crise de plus dans la série de crises qui ébranlent l’Union depuis plusieurs années et qui la conduisent peut-être à l’implosion?

Pour la France, une éventuelle sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne poserait la question de la gestion de la frontière commune telle qu’elle a été organisée par le Traité du Touquet du 4 février 2003, qui prévoit que les contrôles frontaliers se déroulent sur le sol français et non sur le sol britannique. Si Le Royaume-Uni nétait plus membre de l’Union, cet accord pourrait être dénoncé et la frontière serait dépacée de à Douvres. Les exportations françaises seraient également affectées dans la mesure le Royaume-Uni est le 5ème marché français à l’exportation (7,1 % du total des exportations françaises) (chiffres pour 2014). Enfin, les deux pays entretiennent des relations privilégiées sur les questions de diplomatie et de défense, et des échanges importants en matière de renseignements.

Le pari de David Cameron n’a que partiellement réussi. La volonté des autres états membres d’éviter le brexit était forte mais pas au point de payer n’importe quel prix pour cela. En revanche, David Cameron, par son chantage, a réussi à susciter frustation et aigreur dans une Union qui a d’autre défis à relever que de renégocier périodiquement le statut des britanniques. Les relations entre le Royaume-Uni et les autres états de l‘Union, qu’il parte ou qu’il reste, en seront forcément dégradées et sa position, affaiblie.



16 juin 2016
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42 - HM Government,  “What happens if we leave?”

43 - “In graphics: Britain’s referendum on EU membership, A background guide to “Brexit” from the European Union”, The Economist, 24/02/2016

44 - Jenny Gross et Jason Douglas, “Brexit Would Lead to 6% Drop in U.K. GDP, Government Warns”, The Wall Street Journal, actualisé le 18/04/2016

45 – “What if...? The consequences, challenges and opportunities facing Britain outside the EU”, 23/03/2015

46 - Les Britanniques s’acquitteront d’un lourd « impôt Brexit » pendant de nombreuses années si le Royaume-Uni quitte l’UE, OCDE, 27/04/2016

47 - John Springford, Simon Tilford, Christian Odendahl, Philip McCann, “The economic consequences of leaving the EU: The final report of the CER commission on Brexit 2016”, Center for European Reform, 21/04/2016



 

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